Un nouveau gestionnaire prend confiance en son rôle de leader auprès de son équipe.
Obtenir une promotion au poste de gestionnaire est une étape excitante de votre carrière. Cependant, une réalité s’impose rapidement : diriger des personnes est un défi bien différent de vos réussites techniques passées. Vous étiez un expert dans votre domaine ; vous voilà désormais responsable d’une équipe, avec de nouvelles responsabilités et attentes. Cette transition peut être déstabilisante – rassurez-vous, vous n’êtes pas seul.
Des études montrent même que jusqu’à 60 % des nouveaux gestionnaires échouent dans les douze premiers mois, souvent faute de soutien et de formation adéquats. Un constat inquiétant, mais n’ayez crainte : cet échec n’a rien d’une fatalité. En réalité, obtenir un poste de gestion n’est que le début, car c’est en développant une véritable posture de leadership que vous transformerez cette promotion en succès durable.
Du poste de gestionnaire à la posture de leader
Le plus grand piège pour un nouveau gestionnaire est de penser que les mêmes recettes qui ont fait son succès d’expert suffiront pour exceller en tant que gestionnaire. Or, diriger des personnes demande un ensemble de compétences différent. Comme le souligne l’experte Annie Boilard, il est difficile de réaliser que « la suite de l’histoire […] ne dépend plus de [ces] habiletés » techniques qui ont valu la promotion. En clair, vous devez mettre de côté certains réflexes d’expert pour adopter une nouvelle approche de leader.
« Devenir gestionnaire c’est différent, ce n’est pas juste une promotion, c’est complètement un autre emploi. » – Jenny Ouellette
Manager une équipe requiert de nouvelles compétences relationnelles et stratégiques, souvent appelées soft skills : communiquer efficacement, faire preuve d’empathie, motiver et déléguer, entre autres. Il ne s’agit plus d’être le meilleur technicien, mais de faire réussir les autres et de créer les conditions de leur performance. Vos priorités se déplacent du succès individuel vers le succès collectif, un basculement qui peut être déstabilisant au début.
Les recherches en leadership distinguent d’ailleurs le gestionnaire du leader. Bernard Bass, expert en psychologie organisationnelle, décrit le leadership transformationnel comme la capacité à inspirer et à transformer une équipe, bien au-delà de la simple gestion administrative. Selon lui, un leader efficace suscite la confiance et l’engagement de son équipe autour d’une vision mobilisatrice, se soucie du développement de chacun et encourage l’innovation en remettant en question le statu quo. Ce type de leadership ne s’improvise pas du jour au lendemain, mais il peut s’apprendre.
Apprendre et évoluer en continu
Il est normal de ne pas se sentir pleinement à l’aise dans ce nouveau rôle du premier coup. En devenant gestionnaire, vous devez accepter de revoir vos attentes et de repartir en phase d’apprentissage. Comme le rappelle la formatrice Annie Boilard, ces nouvelles responsabilités vous confrontent à des tâches inédites « pour lesquelles le succès n’est pas garanti ». En d’autres termes, il faut accepter de ne plus tout maîtriser et d’apprendre pas à pas.
La bonne nouvelle, c’est qu’on ne naît pas leader : on le devient par l’expérience. L’apprentissage expérientiel, concept théorisé par David Kolb, postule que la majeure partie de nos compétences de leadership se développe en tirant des leçons de nos expériences quotidiennes. Son modèle d’apprentissage cyclique comporte quatre étapes : vivre une expérience concrète, réaliser une observation réfléchie de ce qui s’est passé, en dégager une conceptualisation (des principes généraux) puis tester ces acquis par une expérimentation active. Autrement dit, chaque situation devient une occasion d’apprentissage : un projet réussi ou une erreur commise sont précieux pour progresser, à condition de prendre le temps de les analyser.
Adoptez donc une démarche proactive pour développer vos nouvelles compétences. Par exemple, après une réunion importante ou une décision difficile, demandez-vous « Qu’est-ce qui a bien fonctionné ? Qu’aurais-je pu mieux faire ? ». Prenez l’habitude de tirer un enseignement de chaque expérience, au lieu de simplement passer à la suivante. Sans un tel effort conscient, on risque de stagner : laissés à eux-mêmes, moins de 10 % des leaders instaurent spontanément un plan de développement personnel. Ne comptez donc pas uniquement sur le temps qui passe pour vous transformer en leader : multipliez les occasions de feedback, formez-vous en continu et ajustez votre style en fonction des leçons apprises.
L’intelligence émotionnelle : un atout indispensable
En prenant vos fonctions de leader, une compétence se révèle vite indispensable : l’intelligence émotionnelle. Gérer des humains, ce n’est pas comme gérer des processus : il faut développer une fine compréhension de vos propres émotions et de celles des autres, afin de communiquer efficacement, inspirer la motivation et résoudre les conflits de manière constructive. Selon le psychologue Daniel Goleman, cette intelligence émotionnelle est un facteur clé de succès pour tout gestionnaire. Il en distingue cinq composantes essentielles : la conscience de soi, la maîtrise de soi, la motivation (optimisme et persévérance), l’empathie et les aptitudes sociales (communication, gestion des relations).
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’intelligence émotionnelle serait responsable d’environ 58 % de la performance professionnelle, et 90 % des leaders les plus performants présentent un QE élevé. En d’autres termes, même un expert très compétent techniquement aura du mal à réussir comme gestionnaire s’il ne sait pas gérer ses émotions et celles de son équipe. À l’inverse, un leader à l’aise sur le plan émotionnel sera mieux équipé pour coacher son équipe, gérer le stress des périodes difficiles et créer un climat de confiance propice à la performance collective. La bonne nouvelle, c’est que ces compétences émotionnelles se développent elles aussi : par la formation, la pratique régulière de l’auto-évaluation, et parfois avec l’aide d’un coach professionnel, on peut améliorer son intelligence émotionnelle au fil du temps.
Ne pas avancer seul : l’importance de l’accompagnement
Enfin, n’oubliez pas que vous n’êtes pas censé tout accomplir seul. Les premiers mois suivant votre nomination sont cruciaux : c’est pendant cette période que se forgent vos habitudes de leader. Or beaucoup de nouveaux gestionnaires sont propulsés sans préparation adéquate. Au Royaume-Uni, par exemple, 82 % des managers entrent en fonction sans aucune formation initiale. Et à l’échelle internationale, on attend en moyenne près de 9 ans avant de suivre une formation de leadership formelle – les gestionnaires étant nommés vers 33 ans mais formés seulement vers 42 ans. Pas étonnant que tant échouent sans accompagnement.
Pourtant, il existe des solutions. Des experts recommandent de prévoir des formations ciblées dès la prise de poste, ainsi que du mentorat ou du coaching, afin d’épauler les nouveaux gestionnaires dans leur développement. Si votre organisation offre ce type d’accompagnement, profitez-en sans attendre ! Dans le cas contraire, n’hésitez pas à solliciter vous-même un mentor expérimenté, ou à rejoindre un réseau où vous pourrez échanger avec d’autres gestionnaires débutants. Chercher du soutien n’est pas un aveu de faiblesse, au contraire : sans accompagnement, un nouveau gestionnaire peut se sentir isolé et dépassé, ce qui augmente fortement le risque d’échec. Au contraire, avec le bon soutien, vous prendrez confiance plus rapidement et éviterez bien des pièges.
En vous aidant à développer vos compétences de leader, votre entreprise a tout à y gagner : vous insufflerez une nouvelle motivation à votre équipe et deviendrez un moteur pour l’atteinte des objectifs collectifs. Investir dans votre croissance en leadership est donc un pari gagnant-gagnant : pour vous, qui gagnerez en assurance et en compétences, et pour votre organisation, qui bénéficiera d’un leader épanoui et performant.
Bien sûr, passer du statut de gestionnaire à la posture de leader est un défi de taille. Mais c’est un défi à la hauteur de l’enjeu : en adoptant une attitude d’apprentissage continu, en cultivant votre intelligence émotionnelle et en vous entourant des bonnes ressources, vous mettrez toutes les chances de votre côté pour devenir un leader authentique et durable. Le jeu en vaut la chandelle : votre équipe, votre organisation et votre carrière toute entière en bénéficieront.
Et vous, quelles démarches entreprenez-vous pour développer votre leadership ? Que vous soyez un gestionnaire fraîchement promu ou un leader chevronné, partagez vos expériences, conseils et questions dans les commentaires. Continuons la discussion : apprécier le chemin parcouru et apprendre les uns des autres fait partie intégrante du voyage vers un leadership accompli.
Sources : Bass (1985), Kolb (1984), Goleman (1995), BetterUp, Blanchard, CoachHub